01 juillet 2006
C'est encore mieux quand c'est dit comme ça...
Pourquoi les enfants connaissent-ils l’angoisse de séparation et la peur des étrangers ?
Beaucoup de signes témoignent que l’angoisse de séparation et la peur des étrangers sont des phénomènes normaux et sains, n’indiquant aucune déviance et n’ayant aucun caractère pathologique.
En fait, les parents devraient plutôt s’inquiéter de leur absence.
«
l’absence totale des deux réactions aurait des implications grandement
pathologiques et serait
représentative d’un développement anormal ou de
l’inexistence presque totale d’une relation mère-enfant normale »
(Benjamin, 1961 Journal of American Psychoanalytical Association).
La
preuve en est que les enfants élevés dans des institutions où le
personnel est insuffisant n’éprouvent pas d’angoisse de séparation ou
de peur des étrangers et acceptent n’importe quelle personne pour
s’occuper d’eux (Spitz 1951).
Les nourrissons ayant une mère
disponible, sensible à leurs signaux, et tolérante à l’égard de leur
comportement montraient un attachement très net et sans ambivalence à
leur mère dans un lieu étranger : ils l’utilisaient comme une base sure
à partir de laquelle ils s’aventuraient et partaient en exploration et
presque tous étaient angoissés quand elle sortait de la pièce et
s’agrippaient fortement à elle quand elle revenait. Les auteurs
(Ainsworth et coll. 1971) en concluent ; « ce type de relation
mère-nourrissons, qui s’accompagne de sensibilité maternelle, procède
d’un comportement normal et sain de l’enfant ».
Les enfants de cette
étude qui avaient reçu des soins maternels moins sensibles s’écartaient
de ce comportement habituel de plusieurs façons : « ceux, par ex, que
la mère avait tendance à rejeter et à ignorer, montraient peu de
dispositions, voire aucune, à la recherche de proximité, l’échange ou
le contact avec leur mère ». Ils ne montraient aucune angoisse quand
elle les laissait avec un inconnu et, quand elle revenait, ils
l’évitaient, ou l’ignoraient, ou semblaient l’accueillir tout en s’en
allant d’elle. La qualité de la relation mère-enfant affecte les signes
d’attachement que montre l’enfant. Un attachement fort et sans
équivoque est le fruit d’une relation profonde et privilégiée avec un
support maternel sensible.
Les enfants ont besoin d’entretenir une
relation continue et prévisible avec au moins 1 personne. La première
relation affectueuse servira de fondement à toute relation future. «
Même avec le meilleur substitut parental, quand un enfant s’est formé
un attachement à un support maternel, la séparation est dangereuse et
doit, autant que possible, être évitée ».
Une autre explication : la
théorie de la communication. L’enfant crée un langage avec ses parents.
Il préfère être avec des gens qui le connaissent et le comprennent.
C’est pour cette raison que la peur des étrangers et l’angoisse de
séparation déclinent après 18 mois, avec l’apparition du langage.
Il
y a, en outre, le fait que jusqu’à 18 mois environ, les enfants
n’ont pas la capacité de comprendre que leurs parents reviendront, même
si on le leur explique. Ils n’ont absolument aucun moyen de visualiser
un événement dans le futur et peu de notion du temps. « tout ce qu’il
peut savoir est que sa mère est partie. Et comme il n’est pas
autonome, qu’il ne peut pas fonctionner sans les soins d’un adulte
(soins qu’il reçoit de sa mère généralement), il y a de grandes chances
qu’il éprouve une douloureuse impression de manque et une sensation
confuse d’avoir perdu sa propre identité » (Leach 1976).
Ne pas
oublier non plus que nos ancêtres étaient menacés par de nombreux
prédateurs, et qu’il aurait été très dangereux que les jeunes
s’aventurent seuls au moment de se déplacer. C’est ainsi qu’un fort
attachement à la mère, accompagné de l’angoisse d’en être séparés, a
assuré leur survie.
Aletha Solter In « mon enfant comprend tout ».
Pour
répondre aux regards de travers et de suspicion sur ma fille et moi
alors qu'elle n'accepte pas d'être approchée, caressée, touchée,
interpellée par un inconnu qui "la trouve bien mignonne"...ou par des
gens qu'elle voit trop peu pour y être habituée.
Pour répondre
aux suggestions de la "laisser pour l'habituer" ou "la laisser pour
souffler"...et à l'interrogation soupçonneuse bien que muette devant le
refus virulent de mon absence.
Pour
clouer le bec à tous les faiseurs de leçons qui pensent qu'on doit
habituer le bébé à l'absence et aux repères mouvants, le forcer aux
contacts même quand il éprouve une terreur ou une répulsion évidente.
Pour le respect de nos enfants. Apprenons d’eux.
Pascale
maman de Théo (05/07/00) et de Roxane (31/07/04)
Commentaires
Encore une fois,
je suis bien d'accord avec toi !!!
Mon petit Eliott a commencé à pleurer à 7 mois quand je quittais la pièce où il se trouvait, ses ainés avaient la même réaction qui ne m'a jamais inquiétée bien au contraire...Par contre, travaillant en milieu psy, j'ai vu de nombreuses fois la situation inverse qui m'a toujours mise mal à l'aise...
Je n'ai jamais obligé mes enfants à dire bonjour aux personnes qu'ils ne "sentaient" pas et m.... aux convenances, je leur dis toujours que les bisous, c'est si ILS veulent, là aussi, aucune obligation, surtout pas!!!
Quant aux discours lourdingues sur le devenir des enfants "couvés"...Il y a longtemps que je ne me fatigue plus à expliquer la nuance de taille existant entre MATERNAGE et SUR-PROTECTION. Le premier offrant des bases solides à l'enfant, le second le privant du besoin essentiel qu'est la liberté (qu'elle soit d'action et/ou de pensée) On voit chaque jour et de plus en plus, les dégats provoqués par l'éducation distale, j'ai vu de trop nombreuses fois les dégats provoqués par la sur-protection, je n'ai donc aucun doute quand j'allaite, porte, partage ma chambre et mon lit avec mes enfants, réponds à leurs besoins le plus vite possible, bref, quand je materne...Non, aucun doute et mes 5 loupiots s'en portent à merveille!!!
Merci beaucoup
pour ton commentaire, Angèle, qui est très instructif ! oui, il y a une différence, et fondamentale, entre maternage et surprotection. Bizarrement, l'éducation distale s'accompagne souvent de surprotection, les parents sentant inconsciemment qu'ils pêchent quelque part, sans savoir où...alors, ils tatonnent et tentent de tout "mâcher" à l'enfant.
Et inversement, les enfants maternés n'ont pas besoin de surprotection, car le maternage leur laisse autonomie d'être, de faire et de penser :-)
Alors là entièrement d'accord ! La méfiance des enfants à l'égard des "inconnus" est pour moi un signe de bonne santé psychologique, de même que je me suis toujours refusée à confier mes bébés très tôt sous prétexte qu'il est important de les socialiser le plus vite possible et de les habituer à mon absence, y compris avec les papys-mamies. et cette idée qu'ils savent très bien à 6 ou 12 mois que maman va revenir bientôt ! que de couleuvres veut-on nous faire avaler !
Evidemment que de materner son enfant est un tremplin pour une plus grande liberté future, des deux parties d'ailleurs, et non un synonyme d'étouffement, même si la frontière est parfois ténue, ce n'est pas toujours simple de même que les frères et soeurs au même âge ne manifestent pas forcément le même degré de méfiance et d'anxiété face à l'inconnu ou à une séparation maternelle (c'est le cas chez nous).
Quant au phénomène de sur-protection engendré parfois par l'éducation distale comme tu dis, on l'observe très bien à l'école notamment, en petite section de maternelle. Tous ces enfants élevés en crèche et à coup de tétines, qui traînent leurs doudous et des pieds pour aller à l'école et pleurent à chaudes larmes dès que maman quitte la classe...
Ettttttttt TOC!!
bien mouché les filles!!!
ON en revient aussi à ce que tu disais dans un autre billet, qu'aujourd'hui nombreux sont les parents qui mélangent besoin et désir... et aussi leurs désirs à eux....
bizz
Clairette
Help...
Je suis tout à fait d'accord avec ce billet... mais près 14 mois de maternage à 100%, j'ai besoin, pour plusieurs bonnes raisons, de me séparer de ma fille, ne serait-ce que quelques heures par semaine, mais ma fille manifeste une angoisse de la séparation à 300% ;-)
Je blague là, mais c'est très dur ! Que ce soit avec ses grand-parents, des amis, une assistante maternelle avec qui elle est en adaptation, elle pleure, pleure et pleure. Et je ne le supporte pas ! Comment avez-vous fait de votre côté ? Comment faire quand ses propres besoins semblent inconciliables avec ceux de ce que l'on a de + cher ? Je me sens écartelée. Merci de votre témoignage !
Bonsoir Mathilde,
Je crois vraiment que l'on peut materner sans être 100 % du temps avec son enfant (et heureusement sinon peu de mamans pourraient se le permettre).
Alors comment concilier vos besoins et les siens ? en vous rendant compte que ce qu'elle manifeste au travers de ses pleurs quand elle se sépare de vous n'est pas le besoin que vous soyez tout le temps avec elle mais la désapprobation de votre départ et la difficulté à s'y adapter...et ce, d'autant plus, que cela vous fait vibrer douloureusement. Peut-être qu'accepter que vous êtes dans votre droit, reconnaitre que vous lui donnez tout ce que vous pouvez, savoir qu'elle est entre de bonnes mains (de personnes qui accompagnent son chagrin, le comprennent et la soutiennent) vous aideront, elle et vous, à vous habituer doucement à vos séparations. En commençant par de toutes petites périodes au départ ;-) j'ai, dans mes élèves, des tout-petits qui ont chaudement pleuré les premières fois que leur maman les amenaient. Après quelques séances où j'ai cajolé, consolé, assuré que maman revenait, puis distrait, les enfants ont, toujours, surmonté l'épreuve. Il leur arrive même souvent de mettre leurs parents dehors ! c'est une question de temps, et de confiance : quand votre fille comprendra que vous revenez toujours, et que vous, vous aurez pu prendre de l'assurance devant ses pleurs pour les accompagner au mieux, vous aurez franchi un cap.
Bon courage :-)
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