Faisons avancer les choses !

Site de mamans qui donnent leur avis, soulignent, pointent ce qui les hérisse et ce qu'elles préfèrent dans notre société, en accord avec leurs convictions de respect des êtres et de l'environnement.

21 octobre 2007

Allaitement, féminisme, liberté et compagnie

473644_56cbdQuestions :

Pourquoi les mères allaitantes rencontrent-elles tant de difficultés ? De la part de qui ?
Paradoxalement, la promotion de l'allaitement maternel ne risque-t-il pas d'avoir des effets pervers : culpabiliser les femmes qui n'allaitent pas ? 
L'allaitement maternel rend-il plus difficile le partage des soins à l'enfant entre père et mère ?
Comment réagissez-vous face aux attaques contre les droits des femmes venant de milieux extrémistes, cette volonté réactionnaire (pour le coup) de ramener la femme à son rôle traditionnel, contrôlé par les hommes ?

 

Mes réponses :

La promotion de l'allaitement maternel sert la santé des bébés en premier lieu. Et n'est ce déjà pas suffisant comme but ?
Quant à la culpabilité de n'avoir pas allaité, n'est-elle pas intrinsèque à celui qui la ressent face à des choix non assumés ? peut-on accuser les autres de sa propre culpabilité, de ne pas se sentir à l'aise d'avoir fait son choix ?
Il est un fait évident : les mamans "biberons" culpabiliseraient, et les mères qui allaitent, rarement...pourquoi ? Est ce seulement à cause du discours ambiant, vraiment ?

Personnellement, j'ai tellement entendu de propos contre l'allaitement, tellement subi de menaces (de prendre mon fils en néo-nat parce-qu'il perdait du poids) et de suggestions insistantes de sevrer (par exemple, sous peine de désordre psychique grave chez mon fils, rions un peu), tellement subi d'incompréhension et de discours du même type que cet article du Lyon Capitale, de suspicions de névroses, voire d'inceste en allaitant jusqu'au sevrage naturel, que je suis TRÈS TRES loin de penser que les discours sont en faveur de l'allaitement !
De même, j'ai du mal avec l'idée que les quelques rares mamans allaitantes qui prolongent l'allaitement après quelques mois aient assez de puissance pour stigmatiser et faire culpabiliser l'immense majorité des mamans françaises, celles qui n'allaitent pas ou n'allaitent que quelques semaines...les chiffres dans mon département ? 48 % d'allaitement à la naissance, 20 % après 1 mois, 10 % à trois et après...on ne les compte pas. Oui, j'ai beaucoup de mal à croire à l'oppression de la majorité par une minuscule minorité...la souris qui ferait peur à l'éléphant, quoi.

Dans la pratique, l'existence des "tours de lait" toujours en vigueur dans les maternités est suffisante pour comprendre une partie des difficultés des mamans dans l'allaitement (l'allaitement à beau être naturel, il n'est pas inné et doit être transmis), pourquoi elles sont si peu informées (hormis un laconique - et obligatoire puisque un discours contraire serait mensonger - "allaiter, c'est mieux"), si peu soutenues même en accouchant d'un grand prématuré qui ne peut consommer autre chose que du lait maternel (vécu avec la fille d'une amie née à 29 SA).

Questions intéressantes...mais qui démontrent clairement une certaine orientation que je connais bien : l'allaitement pourrait empêcher le père de s'occuper de son enfant (comme si les soins à un petit se résumaient au nourrissage !), et serait réservé aux mères au foyer forcément rétrogrades et influencées par un courant "ultra" (je ne sais pas quoi...), en gros celles qui n'ont pas grand chose à faire d'autre, quoi. Pourtant, nous allaitons en travaillant à l'extérieur ou à la maison (pour ma part, j'estime travailler 18h sur 24h à plusieurs projets dont d'eux d'envergure, mais sans rémunération).
Nous n'avons pas toutes un emploi "salarié" mais nous avons toutes du travail...certaines confient leur enfant à un tiers et gagnent de quoi payer ce tiers, et d'autres s'en occupent elles (ou eux)-mêmes faisant le travail de plusieurs de ces tiers à la fois ! Il ne s'agit pas d'un "retour" au foyer, mais d'un choix voulu et assumé, pour un laps de temps plus ou moins long afin de profiter du temps restreint de l'enfance de ces petits que nous mettons au monde, temps magique où l'enfant comme le parent grandissent en même temps, où tout se construit...temps savoureux des bonbons, des jolis mots, des douceurs, des yeux qui pétillent et des rires aux éclats.
C'est drôle, en écrivant, je me rends compte qu'on admire les hommes "pères au foyer", les "nouveaux pères", mais qu'on dénigre toujours autant les mamans...toujours coupables, les mères. Prophétie adamesque oblige. Et ça perdure, malgré une société dite "moderne".
Pourtant, mon mari (artisan), dit volontiers que s'il embauchait, il prendrait une maman de plusieurs enfants, tant il faut d'énergie, d'endurance, de confiance en soi et en la vie...y a qu'à voir combien ont besoin de laisser leurs enfants pour "souffler" (y compris en allant travailler à l'extérieur !)...combien de personnes se sentent réellement "capables" de s'en occuper à temps plein, de vivre avec au long cours.

Quant au féminisme, je considère que le droit de vivre sa féminité comme on l'entend est une revendication qui en découle. La mienne comprend l'utilisation de toutes les possibilités de mon corps, en aucune façon "contrôlé par les hommes" qui sont au contraire parfois contre l'allaitement par méconnaissance, difficulté de positionnement et / ou jalousie (des amis ont obligé leurs compagnes au sevrage, quelques mois avant leur séparation...l'encouragement au sevrage étant un symptôme fort de difficultés dans le couple, d'un rapport conflictuel qui se focalise sur le sevrage qui ne résout rien pourtant).
Vivre la maternité sur le mode parental qui me correspond est la plus importante de mes libertés, ainsi que la plus fondamentale. L'homme que j'ai choisi pour partager ma vie n'a jamais eu besoin de donner un bib pour se sentir père, ni eu l'envie de me jalouser dans ma personnalité et ce que j'offre à mes enfants. Il lave, soigne, lange, berce, porte, rendort...à sa manière, selon sa personnalité et ce qu'il a à offrir ; tout ce qu'un papa peut faire, hormis nourrir les quelques premiers mois, tâche symbolique qui semble avoir tant d'importance que ça en devient ridicule.

Je répète que ce n'est pas pour rien que les pays les plus évolués en matière de féminisme sont aussi ceux qui ont un fort taux d'allaitement, qui plus est "long".
Le non allaitement ne serait-il pas au contraire, un dictat posé par l'Homme sur le corps des femmes pour qu'elles n'en disposent pas à leur guise ? (sans parler des considérations économiques sous-jacentes...).
Qui des femmes allaitantes de celles qui "n'osent pas" sont le plus libérées, d'après vous ? quels sont les vrais motifs au non allaitement ?
Ecoutez les parler ; entendez derrière les arguments du partage des biberons, de "l'égalité homme / femme" (position que j'avais adolescente, alors nourrie d'une certaine rancoeur envers le premier homme de ma vie), ceux qui viennent après : la gêne, la honte, la peur, la douleur, le dégout (certaines y voyant un acte sexuel - j'ai une collègue qui m'a, un jour de grande tolérance élégante, lancé qu'il était "hors de question qu'elle se fasse suc** les seins par son enfant"), la difficulté, l'ignorance, l'impossibilité du corps à corps avec leur bébé et d'envisager la proximité ainsi que sa prolongation au-delà de quelques jours ; tout un monde de souffrances et de peurs, de gêne, d'obligations et de soumission à une société soi-disant libératrice mais qui impose sa loi.
Souvent, les premières sont accusées d'être exhibitionnistes, de "montrer leurs seins", alors qu'en même temps, on leur reproche exactement le contraire : de prôner pour un retour en arrière, d'être anti-féministes ! alors exhibitionnistes s'assumant et libres ou enfermées chez elles et contrôlées par les hommes ? faudrait savoir !

L'évolution du féminisme ne serait-il pas d'être vraiment libres, libres et informées, pour faire des choix en pleine conscience, pour être et faire ce que nous voulons, en harmonie avec nos compagnons et nos enfants ?
Quand l'allaitement sera présenté sous l'angle de la santé, de l'écologie, de la liberté d'action (on peut aller partout avec un bébé allaité et porté contre soi !), de la liberté d'être (mère qui danse avec les loups ou contre), il perdra ses considérations pseudo-intellectuelles et philosophiques (très occidentales !) et redeviendra ce qu'il est et restera : la possibilité de nourrir son enfant avec le lait qui lui est le plus adapté (non, je ne fais pas culpabiliser, mais j'appelle un chat un chat) avec les organes nous disposons à cet effet.

On y trouvera peut-être au passage un regain d'énergie animale, et nous nous sentirons plus reliés à la Terre, à ce monde dont nous ne sommes que les mammifères les plus intelligents (à ce qu'on dit :-)) mais loin d'être les plus doués pour la vie. La "mammiféritude" a cela de magique : elle permet de ne pas être définies de l'extérieur par des concepts qui servent à nous enfermer dans des petites cases...."être femme", "être mère", "devenir femme / mère" se vit de l'intérieur, se ressent, se savoure. Ce ne sont plus des "rôles" mais des vécus...plus des définitions vides dont certain( e) chechent le sens toute leur vie mais un mode de vie adopté, intégré et assumé.

Comment je vis les critiques ? ça fait quelques années que je chausse mes oreilles de girafe et que j'ai appris à plaindre ceux qui les formulent, tant ce que j'ai découvert grâce à l'allaitement leur semble étranger. Tant l'agressivité subie parfois sert à masquer le manque de confiance et la culpabilité...des sentiments que, justement, j'ai vu s'éloigner petit à petit avec bonheur.
Oh, parfois, je me mets en colère, oui. Parce-que ça me révolte et que ne rien dire, ne pas lutter, c'est accepter. Alors je lutte, je n'accepte pas, et je continue...à allaiter.

Pascale
maman de Théo (7 ans) et de Roxane (3 ans)

PS : aujourd'hui, j'ai cantonné mon mari à son "rôle traditionnel"...fiston avait envie de jouer au rugby, ils ont fait des plaquages et des tirs pendant un long moment, aidés joyeusement d'une petite fille qui allait d'eux à moi...tranquillement assise (pour une fois) sur le bord du terrain en train de lire un merveilleux petit livre. Parce-que voyez-vous, moi les plaquages et les tirs entre les poteaux, c'est pas mon truc...quitte à passer pour une rétrograde qui cantonne son homme dans son "rôle traditionnel"...c'est chouette un papa qui s'occupe longuement de ses enfants, non ? (vu leurs sourires et leurs joues rosies du plaisir de jouer, ça avait l'air) ; alors pourquoi quand c'est la maman qui le fait dit-on d'elle qu'elle accepte d'être cantonnée dans son rôle traditionnel de femme ?
Et puis, d'abord, qu'est ce que c'est " le rôle traditionnel des femmes contrôlé par les hommes" aujourd'hui qu'une soumission a remplacé une autre ? moi, je connais seulement celui que j'ai choisi...

Posté par pascale_p_f à 20:14 - allaitement - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Magnifique article...
Comme toujours !

Posté par sillonaur, 22 octobre 2007 à 18:55

merci :-)

j'espère surtout redonner un peu de baume au coeur à mes soeurs d'allaitement, à toutes celles qui luttent, qui aident et s'entraident, aux bénévoles, aux amies, aux mamans qui parfois pleurent seules devant leurs difficultés d'allaitement et les critiques (ça m'est arrivé aussi)...relever la tête, et ne pas plier sous les insultes :-)

Posté par Pascale, 22 octobre 2007 à 19:05

Merci!

Je te lis toujours avec bonheur...

Merci de mettre des mots sur mon ressenti!

Car à 15 mois d'allaitement... je me bats chaque jour depuis la naissance de ma puce pour continuer à la nourrir ... de lait, d'amour, de bonheur...

Merci!

Posté par Emy, 11 novembre 2007 à 20:34

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=34562&pid=6617303

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :